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Des stages pour du public en situation de handicap

En écoutant les discours de madame Maudy Piot, présidente de l’association « Femmes pour le dire, Femmes pour agir », qui est non-voyante pour la petite histoire, nous avons appris de longue date que les personnes en situation de handicap n’étaient « ni des substantifs ni des adjectifs qualificatifs !». La distinction ? Elles ne SONT PAS handicapés, elles ONT un handicap, la nuance est importante pour les handicapés personnes en situation de handicap. Cela va finir par rentrer.

Pourtant, dans notre société on adore malgré nous, fixer des limites à ce public. On met des marches partout, on invente des voitures silencieuses, on interdit les chiens-guides dans des magasins, on met des masques qui cachent les lèvres, on dit encore souvent « gogole » pour désigner des personnes autistes ou trisomiques. Nous aimerions bien contribuer à briser ces limites en prouvant à tous que le handicap n’interdit pas le plaisir de pratiquer la nature. Alors oui, il existe bien des formes de handicaps et tout n’est pas possible, mais si on essaie rien, on ne fait rien.

C’est pourquoi nous lancerons en 2021 (touchons du bois) le programme CAMP’DICAP. Pour ceux qui auraient du mal avec les jeux de mot, il s’agit bien d’un mélange entre CAMP et HANDICAP. C’est en publiant le logo qu’on s’est dit… hey HANDI’CAMP ça le fait bien aussi mais… au bout de 4h de montage c’était trop tard. Il s’agira de permettre à des personnes en situation de handicap d’aller profiter de la nature comme tout un chacun. Le concept n’est pas de faire croire à ce public qu’il peut tout faire comme si… ou de lui faire croire qu’on fera semblant de rien. Non, il sera question d’adapter les activités à ce public et non l’inverse comme cela peut être le cas au quotidien. Il n’y aura rien d’impossible, il y aura simplement des « défis à surmonter en bonne intelligence ».

A commencer par : un week-end survie pour personnes non-voyantes

L’idée est née chez Renan lorsqu’il a travaillé avec Claudia, une service civique qui hasard du destin, est non-voyante. Hey salut Claudia si tu m’écoutes ! Chaque mardi au travail (ils ne travaillaient pas le lundi), ils échangeaient pendant les pauses. Chaque mardi Claudia demandait « et toi tu as fait quoi ce week-end ? » Et Renan expliquait qu’il était allé en forêt faire plein de trucs que font les gros barbus en forêt. Elle était attentive et fascinée, mais souvent elle concluait par « tu as de la chance ! oh c’est trop bien ! Moi jamais je ne pourrais faire ça ». Après quelques semaines, il décida de lui demander « et pourquoi pas toi ? ».

Zut après tout, pourquoi un non-voyant ne pourrait pas aller pratiquer un peu la nature, tant qu’on l’aide à rester sur le « droit chemin » (jeu de mot voulu). La nature revêt bien des visages. Un parc urbain est déjà un bon bout de nature, arbres, plantes, eau, parfois barbecue autorisé, on peut déjà voir toutes les bases du bushcraft ou de la survie, sans s’énerver à aller en plein Brocéliande. Ensuite, après 2 ou 3 journées de formation, chaque non-voyant sera au taquet sur les noeuds, les installations, le feu, les WC nature et fera les choses sans y penser. Alors, viendra le temps de se poser dans une forêt où il/elle pourra se concentrer sur son environnement et moins sur les gestes techniques. Il suffit de trouver un coin sans ravins et fossés, pourquoi pas de poser des cordes de vie pour délimiter un espace sécurisé.

Le format serait que chaque personne non-voyante ramène un binôme qui y voit bien. On alternera des ateliers pour les personnes non-voyantes pendant que leur binôme se chargeront sans râler de couper des camions entiers de bois et de ramener des citernes entières d’eau de rivière pour la vaisselle et autre. Ensuite on passera par des phases de restitution où les professeurs seront les personnes non-voyantes. On peut expliquer comment trouver un arbre blanc par les mots, sans avoir la notion de couleur, aucun problème ! On peut expliquer comment monter du bois pour un feu rapide sans avoir à approcher les mains des flammes. La liste est longue, mais mise bout à bout… on en fait un week-end d’initiation à la survie ou au bushcraft ! Feu, eau, abri, couteau… tout sera au menu, ah et puis manger aussi !

Sans oublier les personnes à mobilité réduite (PMR)

Pas la peine de vous refaire le speech mais là aussi tout a commencé par une rencontre ! Barbara si tu lis ces lignes, c’est pour toi ! Renan donnant souvent des cours d’anglais à domicile, tomba un jour sur une étudiante en droit qui avait besoin de remonter son niveau, parce qu’elle avait tout misé sur l’espagnol et paf, l’anglais ! Mais Barbara était une Dancing Queen à Roulettes et à force d’entamer les cours par des « qu’as-tu fait de ton week-end » = rebelotte.

Du coup Barbara et Renan cherchent des personnes à roulettes, un peu saines d’esprit mais pas tellement… parce que c’est pour vous emmener en forêt ultimement afin de réaliser un stage de bushcraft ou de survie. Ne vous inquiétez pas, nous organiserons une, deux ou trois journées de formation en terrain plat et gentiment herbeux avant, pour se chauffer. Pour le stage final nous tâcherons de négocier une zone propice aux roulettes (je lance une bouteille à la mer à la mairie de Rennes, le terrain de la Prévalaye accueille des colos, il y a de l’herbe, des arbres pour les hamacs, des sanitaires extérieurs, les barbecues y sont réguliers lors d’évènements… c’est plat, bien desservi en voiture… au top !).

Ni les personnes malentendantes et sourdes

Une chose est sûre, les personnes malentendantes et sourdes sont les bienvenues sur tous nos stages et seront sûres d’avoir la place d’en face pour bien admirer les lèvres barbues de notre moniteur. La petite nuance pour ceux qui ne savaient pas, est qu’un mal-entendant entend mais mal, alors qu’un sourd n’entend pas du tout.

Nous avons fait à ce propos une belle rencontre avec deux couples malentendants au salon du Tourisme de Nantes, poussant le fun jusqu’à faire avec eux un atelier couteau improvisé pour apprendre 2-3 techniques pour tailler un piquet. En se plaçant correctement et en alternant bien les phases de travail tête baissée et d’attention tête levée, ça s’est fait tranquillement. Mais si vous avez une asso ou un club avec des malentendants et que vous voulez faire un week-end où on tordra le cou au handicap pour achever de montrer qu’avec un peu d’efforts tout est possible, c’est quand vous voulez !

Et les autres dans tout ça ?

Concernant les personnes avec un handicap mental, il faut voir au cas par cas. Nous gardons un très bon souvenir de notre intervention à l’IME de Montfort sur Meu, avec la réalisation d’un banc en brêlage très solide qu’ils ont gardé par la suite, après toute une matinée sur la forêt, les arbres, les cycles naturels.

Tant que le public comprend et respecte les consignes de sécurité (outils tranchants, pas d’éloignement, contrôler ses émotions dans les ateliers de groupe surtout si on tient un objet gros, lourd, coupant…) il n’y a pas d’objection manifeste à aller en forêt. On pourra commencer à la journée pour déstresser un peu tout le monde et si cela se passe bien, envisager une nuit en forêt !

Si tu m’avais dit ce matin que je s’rais capable de me mettre dans un hamac cet après-midi, toute seule et d’en sortir, je ne t’aurais pas cru

Céline, une heure après avoir mis une clé de bras à Renan en initiation self-defense

Renan

Fondateur et moniteur à la Skol Louarn

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